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Ferblantier Suresh Mungra 1

Suresh Mungra : ferblantier, un métier de plus en plus difficile

Sur la route du Club, à Vacoas, à une centaine de mètres après la quincaillerie A-1, des objets en ferblanc : épis de faîtage, arrosoirs, boîte à lettres, entre autres, attirent le regard. Une enseigne indique Ferblantier National. À l’intérieur, un homme, seul, polit un réservoir d’essence de moto, non pas pour terminer son travail, mais plutôt pour ne pas voir le temps s’écouler. L’atelier est étonnamment propre. Suresh Mungra, le regard perdu dans le vide, semble attendre un client qui se fait désirer.

« Depuis un plus de deux ans, le travail a considérablement baissé », soupire-t-il. « On vit à l’époque du prêt à jeter, on trouve plus facile d’acheter un nouvel objet quand celui que l’on possède est abîmé, que de le faire réparer ». Sur le mur, toute une collection d’arrosoirs semble attendre d’éventuels acquéreurs. « Les arrosoirs traditionnels des agriculteurs ont cédé la place à des arrosoirs mécaniques. C’est le progrès ».

Ferblantier 5

Il nous raconte avec fierté la difficulté de réaliser cette pièce. « Pour un arrosoir, il faut 15 pièces différentes. C’est plus d’une demijournée de travail ». Et Suresh semble soudain reprendre foi dans ce métier qu’il a embrassé il y a 40 ans, alors qu’il n’avait que 10 ans. « Je n’aimais pas l’école alors mon père m’a mis en apprentissage chez Chand Deonanan (plus connu comme Chand Ferblantier), dont l’atelier, aujourd’hui repris par son fils, est toujours à Eau Coulée, Curepipe, face à la pharmacie Simonet ». C’est là qu’il apprend la fabrication et la réparation de lampes, de réchauds, d’arrosoirs, de boîtes condamnées (tirelire), des « hawan koon » (réceptacle pour les cérémonies religieuses hindoues), de lambrequins, d’épis de faîtages, de boîtes à lettres, et autres objets en fer-blanc très en vogue à une époque où le plastique était inconnu.

Après 20 ans chez Chand, il décide de voler de ses propres ailes et ouvre son propre atelier à Vacoas, route du Club, près du rond-point de la gare. Il y restera 15 ans avant que le propriétaire ne lui demande de libérer l’emplacement le temps de la construction d’un nouveau bâtiment, soit six mois. « 15 ans après, j’attends toujours de revenir dans mon atelier », déclare-t-il, ironique.

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Suresh semble s’être fait à l’idée qu’il ne sert à rien de lutter contre plus fort que lui. Alors, face à l’adversité, il trouve toujours les mots pour s’adapter à sa situation. « C’est un métier où l’on ne finit pas d’apprendre, il faut s’adapter à la demande et développer parfois des techniques pour réaliser un travail demandé », affirme-t-il avec philosophie.

Ainsi, nous déclare-t-il, un tôlier de voiture ne pourrait réparer le réservoir d’essence qu’il tient en mains, cela en raison de la soudure au gaz qui pourrait causer une explosion. Suresh nous explique que ce genre de travail demande de la délicatesse et une bonne technique. « Il faut utiliser la soudure à l’étain qui est bien meilleure que la « scotch welding », technique de soudure où l’on fond les parties à souder par la chaleur mais qui garantit une tenue permanente ».

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Il nous raconte aussi que le fer-blanc a pratiquement disparu et que désormais on travaille plutôt la tôle galvanisée. Par contre, les outils, soigneusement rangés sur un mur, sont restés les mêmes : marteau, cisaille, pince, « bordoir », tranche, compas, ciseau froid, tournevis. Et si les arrosoirs ne trouvent plus preneurs, ce sont les barbecues et les baquets, qui sont aujourd’hui en demande. Ainsi, Suresh trouve encore de quoi gagner sa vie honnêtement. Pour combien de temps encore ?

Suresh Mungra - 686 32 22

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