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D'où vient la pirogue mauricienne?

 

Bateau à voile traditionnel des pêcheurs mauriciens, la pirogue en bois disparaît peu à peu des lagons en faveur d’embarcations plus modernes. Il s’agit pourtant d’un patrimoine national. Ses origines remontent au 18e siècle, au début de la colonisation française.

Pour les habitants de l'île Maurice, les pirogues amarrées le long des côtes sont des visions familières et quotidiennes. Depuis des siècles, ces lourdes embarcations sillonnent les lagons et la haute mer en quête de poissons tropicaux qui font le régal des Mauriciens. De nos jours, elles se font de plus en plus rares toutefois, car de nombreux pêcheurs leurs préfèrent des bateaux plus modernes en fibre de verre.

La pirogue mauricienne fait généralement 6 à 8 mètres de long et un peu plus d’un mètre et demi de large. Dotée d’un avant pointu et d’un tableau arrière (arrière plat), elle est exclusivement utilisée pour la pêche. Les méthodes diffèrent: on peut pêcher au casier, à la ligne que l’on ramène à la main, à la senne (filet) ou, plus rarement, à la fouine (harpon). Si certaines pirogues sont munies d’aviron, la méthode préférablement utilisée pour se propulser lorsque la voile n’est pas hissée est la gale (perche). Depuis la fin du 19e siècle, un autre type de pirogue, plus fin et plus léger, est aussi utilisé pour la régate.

Traditionnellement, l’un des occupants de la pirogue est chargé d'écoper le fond des cales, les pirogues en bois ayant tendance à prendre l’eau. Raison pour laquelle elles sont régulièrement mises à terre pour de menues réparations. A Rodrigues, celui qui écope est surnommé le “cocotier”, car autrefois cette tâche s’accomplissait avec une moitié de noix de coco séchée. Si les pirogues mauriciennes et rodriguaises sont très semblables, la différence se situe à l’arrière, qui est pointue à Rodrigues et plate à Maurice. Ce qui permet aux pêcheurs rodriguais de se déplacer vers l’avant ou vers l'arrière lorsqu’ils “galent”.

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Chaloupes sardinières dans la baie de Douarnenez, en Bretagne.

Selon l’ouvrage de l’historien Jean-Marie Chelin, “Patrimoine maritime des îles Maurice et Rodrigues”, la construction de bateaux à Maurice remonte à l'époque ou Mahé de Labourdonnais fut nommé gouverneur général des Isles de France et de Bourbon. Si, depuis l'arrivée des Français à Maurice en 1721, des “esclaves malgaches, africains et indiens furent formés aux métiers de charpentiers de marine, de calfats, de cordiers et de voiliers”, ce ne fut qu’avec l'arrivée dudit gouverneur que la construction navale débuta réellement dans l'île.

En effet, aux débuts de la colonisation française, la Compagnie des Indes n’autorisait pas la construction de bateaux sur l’Isle de France. Ainsi, les premières embarcations des Français étaient en réalité de simples assemblages de pièces détachées venues d’Europe. Après la prise de fonction de Labourdonnais en 1735, l'île devint un grand chantier. Parmi les nombreuses initiatives du gouverneur, il fut décidé d’identifier des essences de bois pour la construction de bateaux dans la colonie. Les matériaux, dont la plupart sont encore utilisés de nos jours, incluent le bois de takamaka, le bois noir, le bois de jacques, le maçonnier ou le badamier rouge.

Les premiers chantiers maritimes furent ouverts à Port-Louis, d’où sortirent tout d’abord de petites embarcations telles que des canots et des chaloupes, proches de ceux utilisés par les pêcheurs en Bretagne, contrée d’origine de nombreux colons. Dans le Finistère, département breton, la chaloupe sardinière est une embarcation traditionnelle d’une dizaine de mètres de long présentant d'étonnantes similitudes avec la pirogue mauricienne.

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Une chaloupe de l’ancienne marine française

Les chaloupes dites de “l’ancienne marine” étaient plus grandes et étaient propulsées par des voiles et des avirons (voir illustration). Elles pouvaient transporter une trentaine d’hommes et même des pièces d’artillerie. Ce type d’embarcation, très robuste et doté d’un faible tirant d’eau, était idéal pour naviguer dans les lagons de l’Isle de France. La chaloupe à la française fut donc adaptée aux conditions de mer locales. Plus petites et plus maniables que leurs cousines françaises, ces embarcations de pêche jouèrent un grand rôle en nourrissant la population grandissante de l'île. Un rôle qui fut rapidement attribué aux esclaves…

L'appellation de “pirogues” pour ces chaloupes “locales” date également de l'époque de Labourdonnais. Selon un article du magazine Le Chasse Marée mentionné par Jean-Marie Chelin, dans une missive adressée à un Monsieur Oriol, en juillet 1735, Mahé de Labourdonnais lui demande “d’amasser [à Rodrigues] des tortues de terre et de mer, en assez grande quantité pour charger les bateaux (...). Il lui fut remis une pirogue et des vivres, avec ordre de faire un parc (à tortues).”

L’aspect et le mode de construction de la pirogue évoluèrent vraisemblable peu depuis cette époque. Après avoir appris comment les construire auprès de charpentiers de marine français, les esclaves commis à cet office, ne sachant ni lire ni écrire, se sont transmis de générations en générations ces connaissances par voie orale. Aujourd’hui encore, les quelques “ranzer pirog” restants (fabricants de pirogues) comme on les appelle à Maurice, travaillent en ne se basant sur aucun plan de construction.

Photo en tête d'article: Pirogues sur le sable à Grand-Gaube

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