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Frederic Joron

Frédéric Joron, poète de la créolité réunionnaise  

Peu connu hors des frontières de son île natale, Frédéric Joron est pourtant l’un des plus grands paroliers et compositeurs de la musique réunionnaise. Son nom est étroitement lié à celui du groupe Ousanousava, dont certaines de ses compositions ont assuré le succès impérissable.

Si La Réunion devait avoir un hymne national, beaucoup sur l'île Intense hésiteraient entre deux chansons charismatiques de la culture réunionnaise: le classique “Ti Fleur Fanée” et “Gran Mèr”. Cette dernière chanson est signée par l’un des fondateurs d’Ousanousava (“Où allons-nous” en créole), aujourd’hui considéré comme l’un des groupes les plus représentatifs du terroir musical local.

Il s’agit de Frédéric Joron, fils du ségatier Jules Joron et membre d’une fratrie qui a fait les beaux jours du séga et du maloya à La Réunion. Natif de Saint-Pierre, dans le Sud de l'île, Frédéric apprend dès son plus jeune âge, comme ses frères et sa soeur, à manier des instruments et à jouer de la musique locale sous la houlette de son père. Au début des années 80, encore adolescent, il commence à écrire quelques compositions en créole.

Regroupés en association sous le nom d’Ousanousava au milieu de la décennie, les frères jumeaux Frédéric et François, ainsi que Bernard et la petite soeur Isabelle, forment le noyau dur d’un groupe musical qui va littéralement exploser sur la scène locale. En 1984, le groupe sort une cassette audio, Ousanousava, qui s'écoule à plus de 10 000 exemplaires en un an. C’est la révélation.

Derrière ce succès, il y a l'âme de poète de Frédéric Joron, qui a écrit les paroles et compose la musique de la plupart des tubes sortis par le groupe, tels que Gran-Mèr, Zamal, Ousanousava, Flèr Malèr, Lodèr mon péi, etc… La force d'écriture du compositeur puise sa source très profondément dans la culture créole. A travers ses titres, Frederic Joron emmène l’auditeur vers les “habitations lo temps lontan”, ces vieilles cases créoles coiffées de tôles ondulées et nichées dans un océan de verdure, entre les champs de canne et les plantations de géraniums…

Cette nostalgie du temps passé et de l’enfance est intrinsèquement liée à un languir typique de la culture créole, celle des plats préparés au dessus du feu, des jeux simples, des histoires de grand-mère, de la pluie sur la tôle, des fêtes familiales, des bals populaires, des pique-niques au milieu d’une nature généreuse et éclatante. Peu d’auteurs réunionnais ont su capter aussi bien et en aussi peu de mots la culture locale.

Après 10 ans de carrière au sein d’Ousanousava, Frédéric Joron connaît une crise existentielle au milieu des années 90. Le groupe est pourtant à son apogée, s'étant produit en 1994 au Zénith de Paris face à un public conquis. L'année suivante, Frédéric quitte soudainement le groupe, fatigué par le show-business. “J'étais à la recherche des vraies valeurs de la vie, je me posais beaucoup de questions, notamment sur la voie que je devais prendre”, confie-t-il au site d’information Clicanoo en 2015.

Le poète trouve refuge dans la religion et entame ensuite une carrière solo jalonnée de concerts populaires et de “bals la poussière”, à l’image de ceux animés un demi-siècle auparavant par son père. De son côté, Ousanousava continue son chemin avec a sa tête François et Bernard Joron, reprenant les titres qui ont fait le succès du groupe et celui de Jules Joron. De nombreux Réunionnais aimeraient un jour voir les frères Joron reprendre la route ensemble, mais jusqu’ici, rien ne semble indiquer avec certitude que tel sera le cas.

 

Paroles de Gran-Mèr:

Oté Gran-mer,

Chante ankor pou moin Ti Fleur Fanée,

Raconte a moin ton misère,

Dann’ temps que ti l’avé point manzer.

 

Quand mi rappelle ankor, quand té arrive l’aurore,

Coq té out’ réveil, sak’ le mien té l’odèr caf.

 

Zorchidées té embaume la cour,

Comme flèr mangues dann verzer,

Dan ton kèr n’avait l’amour,

Dan ton zié n’avé l’amitié.

 

Un bertel su ton zépaule,

Pou nous monte l’habitation,

Quand la pli i tomb’ su la tôle,

Ca i fé monte mon sentiment.

 

Dann’ silence la nuit’,

La brise la pou caresse mon visaz,

Mais tout sa lé comme un l'éclipse,

La pou noirci mon paysaz.

 

Quand té arrive zour d’l’an,

Un’ ti liker Marie Brisard,

En compagnie d’un pâté créole,

Après ou té racont’ zistoire.

 

Un fois ou la pléré,

Parce que grand-père té veut tap’ a ou,

Mi rappelle encore tout sa la mémé,

Ce soir la grand-père l'était saoul.

 

Oté ti frère, dit la vieille dit le vieux arrête pléré,

Trop tard ti frère,

Gran-mer la finn’ ferme lo zié.

 

Quand mi regarde l’horizon,

Quand mon zié l’est couler flamboyant,

A mi dit que Noёl i sa arrivé,

Zour d’l’an toute suite derrière,

Et noussa commence un l’année

En l’absence de not’ mémère,

Aujourd’hui ma va crier,

Et pardon si mi plèr.

 

Quand ou té réflési lontan,

Ou té dit dan ton tête

Souvenir la pou remont’ courant.

Mi laisse la porte derrière ouvert,

En cas si un jour ou va ar’tourner.

 

Mais ou kilé not’ mémere,

Dis a li chante ankor Ti Fleur Fanée,

Trop tard ti frére,

Gran-mèr la fini allé.

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