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Jérôme Bonieux: un Mauricien en passe de révolutionner le kitesurf

Avide de sports nautiques depuis sa plus tendre enfance, Jérôme Bonieux est l’un des meilleurs kitesurfeurs mauriciens, comptant à son palmarès plusieurs très belles performances lors de compétitions internationales. Ce que peu de gens savent, c’est qu’il est également l’inventeur de la Click Bar, un outil révolutionnaire pour la pratique du kite. Rencontre.

Bonjour Jérôme, peux-tu te présenter rapidement?

Je suis Mauricien, j’ai 29 ans et je suis CAD Designer (dessinateur 3D). Je dessine des pièces pour différents projets, notamment pour du materiel de kite ou de planche à voile comme les wishbones, les pieds de mâts, les barres… Je fais aussi beaucoup de design pour les remorques de bateaux.

D'où te vient ta passion pour le kite?

J’ai d’abord commencé la planche à voile à l'âge de 10 ans, et c'est vite devenu une vraie passion. Quand j’ai eu 14 ans, le kite était en train de décoller à Maurice. C'était un peu la nouvelle mode, et pour moi passer du windsurf au kite a été une évolution logique. A l'époque je pratiquais avec beaucoup d’amis de mon âge, nous étions un bon groupe. De nos jours beaucoup d’entre eux n’ont plus trop le temps, on croise surtout des petits jeunes à l’eau. J’ai aussi eu la chance d’avoir un pied à terre à Pointe d’Esny, qui est un excellent spot pour le windsurf et le kite.

Tu es l'inventeur de la Click Bar, une barre de kite dont beaucoup de gens disent qu'il s'agit d'une petite révolution dans ce sport. Peux-tu nous en dire plus?

J’ai commencé à travailler sur ce projet en 2009, lorsque j'étais étudiant à l'Université de Perth, en Australie. Pour faire simple, c’est un système qui permet de régler la puissance de la voile sans lâcher la barre: il suffit d’actionner un mécanisme à l'extrémité de la barre. Ça permet de simplifier le procédé, qui consistait jusqu’ici à régler manuellement la puissance en actionnant des cordes extérieures. La Click Bar est beaucoup plus facile d’utilisation, et aussi plus sécuritaire.

Vidéo: La Click Bar de North Kiteboarding.

Comment t'est venue l'idée de ce concept?

Beaucoup de gens y avaient pensé avant mais n’ont jamais réussi à aller jusqu’au bout. Il y a pleins de petits mécanismes à l'intérieur de la barre qui peuvent s’enrayer si on n’arrive pas à trouver une solution à ce problème. C'était donc un concept que beaucoup de gens dans le milieu du kite connaissaient, mais qui n’avait jamais été réalisé.

Un beau jour, je me suis assis et je me suis dit “allez, je vais le faire”. J’y ai travaillé pendant 7 ans, dont 3 avec le soutien de deux petits fabricants de kite qui n’avaient malheureusement pas les moyens d’aller jusqu’au bout. Les quatre années suivantes, j’ai collaboré avec North Kiteboarding, le plus grand fabricant de kite au monde, à qui j’ai vendu mon brevet.

La Click Bar est sur le marché depuis septembre 2016. Je n’ai pas les chiffres récents, mais entre septembre et décembre, North en a vendu environ 3000, et tous ceux qui l’ont utilisée ont fait d’excellents retours. Beaucoup de kitesurfeurs sont encore un peu réticents, ils préfèrent attendre pour voir si le système marche ou pas. Comme jusqu’ici les retours sont très positifs, je pense que d’ici quelques mois les ventes vont vraiment décoller.

Où peut-on se procurer la Click Bar?

Chez tous les revendeurs de North Kiteboarding. A Maurice, ils sont représentés par Tou Korek Surf Shop. Ceux qui sont intéressés peuvent même l’essayer pour se faire une idée avant d’acheter ou pas. On en voit de plus en plus sur les plages du Morne, ce qui est encourageant.

Sur son home spot de Pointe d’Esny.

Sur son home spot de Pointe d’Esny.

Question plus générale: que penses-tu de l'évolution du kite à Maurice?

Nous avons un énorme potentiel à Maurice pour devenir l’une des meilleures destinations kite au monde. Il y a déjà beaucoup de gens au Morne, mais il y a plein d’autres spots supers comme Belle Mare, Pointe d’Esny, Poste Lafayette, Palmar…

Nous pouvons aussi promouvoir la destination avec des événements internationaux de haut niveau, comme l’Hydrofoil Pro Tour que nous avons accueilli l'année dernière, par exemple. Il y a pas mal de choses à faire. Au niveau local, je pense que nous avons un manque d’encadrement et de régulations adéquates.

En ce moment c’est la Tourism Authority qui s’en occupe, ce qui n’est pas idéal. J’aurais préféré que ce soit la Fédération Mauricienne de Voile qui encadre les écoles et les moniteurs, avec un règlement adapté et clair pour tous.

Tu es aussi l'un des meilleurs kiters mauriciens et tu participes occasionnellement à des compétitions internationales. Quel est ton meilleur souvenir de compétition?

Probablement ma participation à l'étape du KSP World Tour, lorsque nous avions eu des vagues énormes de 6 à 7 mètres sur One Eye (en 2011, Ndlr). Je n’ai pas eu un résultat brillant, je n’ai passé qu’un tour, mais les conditions impressionnantes m’ont vraiment marqué, tout comme le fait de me frotter à l'élite mondiale.

Il y a aussi eu ma participation au Défi Kite en France l'année dernière, où je me classé troisième sur 300 participants lors de la première course (Jérôme a été classé 10e au général, Ndlr). L'étape de l’Hydrofoil Pro Tour à Pointe d’Esny l'année dernière était aussi un moment très fort.

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La Click Bar

Les kiters mauriciens sont de mieux en mieux représentés au niveau international, avec notamment Louka Pitot ou Simon Lamusse (champion et vice-champion du monde l’an passé). Penses-tu que nous avons le potentiel d'aller encore plus loin?

Définitivement. Il n’y a qu'à voir les résultats de Louka et Simon face à des jeunes qui ont tout l’encadrement nécessaire, des coaches, et un gros soutien sportif et logistique. Louka et Simon ont un peu été aidés par le gouvernement, mais ça n’a rien à voir avec les aides dont ils disposent ailleurs. Malgré cela, ils sont parvenus à tous les battre, ce qui est énorme. On ne peut qu’imaginer ce dont les jeunes mauriciens seraient capables avec une aide adéquate.

Peut-on s'attendre dans l'avenir à d'autres idées révolutionnaires de ta part?

Je travaille actuellement sur un nouveau modèle d’hydrofoil en collaboration avec une entreprise sud-africaine, mais ce n’est pas vraiment une idée révolutionnaire. Ensuite, on verra!

Photo en tête d'article: Jérôme Bonieux en plein test de son invention.

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