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Darwin

L’éléphant mauricien de Darwin

Bien avant Casela, au moins un éléphant a vécu à Maurice. Propriété du capitaine Lloyd, arpenteur général de la colonie au milieu du 19e siècle, le pachyderme est entré dans l’histoire pour avoir transporté Charles Darwin lors de son passage sur l'île…

Un éléphant dans une île aussi petite que Maurice, ça ne court pas les rues. On ne peut donc qu’imaginer la surprise de Charles Darwin, le 5 mai 1836, lorsqu’on lui proposa une balade à dos d'éléphant, à mi-chemin entre Rivière-Noire et les Plaines Wilhems…

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Charles Darwin

L'éminent naturaliste se trouvait à Maurice dans le cadre du voyage du Beagle, une longue traversée du globe de cinq ans, lors de laquelle il visita de nombreuses contrées. Maurice était la dernière destination du voyageur lors de ce périple, qu’il relata dans son livre “Le Voyage du Beagle” (1839).

Pendant son court séjour sur notre île, Darwin fut agréablement surpris par la beauté des paysages, impressionné par la prestance des prisonniers indiens envoyés dans la colonie pour purger leur peine, et ébloui par la richesse de la faune et de la flore locales. Il arpenta de long en large les rues de la capitale, et entreprit même une ascension du Pouce. Mais ce que les lecteurs de son livre retiendront principalement de son passage dans l'océan Indien, c’est cette fameuse balade à dos d'éléphant...

L’animal appartenait au capitaine John Augustus Lloyd, qui occupait la fonction d’arpenteur général de la colonie depuis 1831. Le fonctionnaire britannique se fit un devoir d’accueillir son compatriote dans sa résidence des Plaines Wilhems, et ne manqua pas de lui montrer quelques-unes des particularités du pays. Lors de son dernier jour à Maurice, Lloyd proposa ainsi à son illustre invité de se rendre à Rivière-Noire pour admirer d’anciennes formations coralliennes.

En bon gentleman anglais, le capitaine avait soigneusement préparé sa surprise. Au retour de leur promenade dans l’Ouest, ils furent rejoints par le débonnaire pachyderme, ce qui permit à Darwin d’achever sa promenade juché sur son dos, “à la vraie mode indienne”, selon ses termes.

Cet éléphant, précisa Lloyd à Darwin, était le seul de l'île. Il fut également le tout premier jamais importé à Maurice, et aussi sans doute l’unique représentant de son espèce à y avoir mis les pieds. Du moins, jusqu'à ce que le parc Casela ne fasse venir tout récemment quelques spécimens... D'après le livre de Darwin, “on dit que d’autres [éléphants] seront bientôt envoyés”, mais nous n’avons trouvé aucune autre trace d’autres éléphants importés par les Britanniques.

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Le Beagle.

Malheureusement, on n’en sait pas plus sur l'éléphant du capitaine Lloyd. L’animal provoqua sûrement une grande surprise chez ceux qui le virent déambuler dans les Plaines Wilhems. Il vécut sans doute encore quelques années, avant de mourir seul et loin de son pays natal. L'éléphant était certainement accompagné d’un cornac, un dresseur d'éléphants, puisque personne à Maurice n’avait les compétences pour commander et diriger une créature aussi imposante.

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Capitaine John Augustus Lloyd.

Toutefois, le capitaine Lloyd ne fut pas le premier à avoir eu l'idée d’importer des éléphants à Maurice. Charles Telfair, scientifique et propriétaire terrien du domaine de Bel Ombre au début du 19e siècle, pensa aussi en acheter quelques-uns pour travailler sur ses terres. Dans une lettre datée de 1819, il affirme que de tels géants seraient très utiles pour porter de lourdes charges. D’autant plus que, chaque jour, plusieurs tonnes de bois issus de la déforestation pour la culture du domaine étaient envoyées sur la côte.

Telfair alla même jusqu'à calculer le coût de l’entretien de ces bêtes. Il jugea qu’elles en vaudraient certainement la peine, puisqu’elles auraient pu être nourries de cannes à sucre et de bagasse. Heureusement, pour l'hygiène dentaire et la santé de ces animaux, il ne mena jamais ce projet à terme...

On peut cependant se demander pourquoi, en un siècle et demi de présence à Maurice, les Britanniques n‘y firent pas venir plus d'éléphants. Les pachydermes étaient d’une aide précieuse en Inde et à Ceylan, et auraient probablement facilité et accéléré le travail dans les plantations.

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