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L'ancienne maison de Marie Leblanc a Port-Louis, qui abrite aujourd'hui le musee de la photographie

Marie Leblanc, l’énigmatique première dame de la littérature mauricienne

C’était une femme de caractère. C’est malheureusement à peu près tout ce que l’on sait de Marie Leblanc, la première femme mauricienne à vivre de sa plume. On ne sait même pas à quoi elle ressemble, aucune photo d’elle n’ayant jamais été prise…

Qui était Mlle Marie Leblanc ? Personne n’a jusqu’ici pu répondre à cette question. Les historiens savent très peu de chose de cette femme, qui naquit vers 1867 et mourut de manière dramatique en 1915. Elle fut pourtant la première mauricienne à vivre de sa plume, et sut affronter d’innombrables obstacles pour obtenir une place de choix dans la littérature locale de 1890 à sa mort.

Auteur, éditrice de revues, traductrice : Marie Leblanc avait plusieurs cordes à son arc. Elle édita pas moins d’une douzaine de revues littéraires, dont certaines furent publiées durant plus de 20 ans. La jeune écrivaine, même si elle y publiait parfois ses propres textes, préférait faire briller les auteurs locaux. Son premier ouvrage, un recueil de nouvelles intitulé La Vie et le Rêve, publié en 1890, est le seul qu’elle ait signé.

"Empire Day", revue unique publiée le 24 mai 1908. Illustration de Gabriel Gillet, dessinateur mauricien.

"Empire Day", revue unique publiée le 24 mai 1908. Illustration de Gabriel Gillet, dessinateur mauricien.

"La Nouvelle revue historique et littéraire de l’île Maurice" du 15 janvier 1905.

"La Nouvelle revue historique et littéraire de l’île Maurice" du 15 janvier 1905.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle maniait pourtant fort bien la plume, et n’avait rien à envier à certains de ses contemporains. Voici un extrait de l’un de ses poèmes, intitulé « Premier Soleil » :

Si j’étais une pâquerette,
Ou la plus humble fleur des champs,
Loin des jaloux, loin des méchants
Je lisserais ma collerette,
Attendant le rayon vermeil
Qui du ciel après l’aube glisse
Pour offrir au premier soleil
Tous les trésors de mon calice.

"Le Soleil de Juillet", edition de 1905. Illustration de Gabriel Gillet.

"Le Soleil de Juillet", edition de 1905. Illustration de Gabriel Gillet.

Parmi les revues de Marie Leblanc qui comptèrent le plus de succès, citons : Le Soleil de Juillet (1891-1915), revue annuelle célébrant le 14 juillet, Les Roses de Noël (annuel), La Semaine Littéraire de l’Ile Maurice (hebdomadaire ; 1890-1892), La Nouvelle Revue Littéraire et Historique (mensuel ; 1897-1904), Port-Louis Mondain (saisonnier; 1897-1908)…

A ses travaux d’éditrice, de rédactrice en chef, de publiciste et d’auteur, elle ajouta celle de traductrice en signant plusieurs traductions d’ouvrages en anglais. Malgré cette production et cette présence massive dans ce petit cercle littéraire, Marie Leblanc sombra peu à peu dans l’oubli après sa mort. Il semble que même les auteurs mauriciens qu’elle publiait si souvent ne l’estimaient pas comme elle le méritait. Elle ne fut que brièvement mentionnée dans les écrits de ses contemporains.

Jusqu’à ce jour, on ne sait toujours pas si Marie Leblanc était une blanche, descendante des colons français, ou une femme issue de la bourgeoisie « de couleur », métissée. Il n’existe en effet aucune photo de cette femme. En se basant sur les éléments d’information à disposition, on peut toutefois avancer que Marie Leblanc était une femme indépendante (elle ne s’est jamais mariée) qui réussit à s’imposer par sa force de travail dans un monde dominé par les hommes. Elle portait également la cause des femmes à cœur : l’un de ses premiers écrits, publié dans une revue, s’intitule « Inconstance, ton nom est homme ! » Les premières pages de ses revues, représentant souvent une femme victorieuse, témoignent aussi de ses opinions féministes.

 

"Les Roses de Noel", edition de 1908. Illustration d'Isis Boucherat, dessinatrice mauricienne.

"Les Roses de Noel", edition de 1908. Illustration d'Isis Boucherat, dessinatrice mauricienne.

Les revues de Marie Leblanc disparurent tragiquement avec elle en août 1915. Alors qu’elle préparait à manger, une explosion eut lieu et le feu prit à ses vêtements. Elle décéda deux jours plus tard, à Port-Louis. Elle avait quarante-huit ans. Sa maison de Port-Louis existe toujours : elle est aujourd’hui occupée par le Musée de la Photographie. Une plaque commémorative saluant le travail de cette grande dame y a été inaugurée par le maire de Port-Louis en 2012.

Les écrits et l’importante contribution littéraire de Marie Leblanc furent de nouveau mis en lumière en 2004, à la parution du livre « Une Mauricienne d’exception : Marie Leblanc » (D. Tranquille, V. Ramarhai, R. Furlong). Sans cet ouvrage, cette grande dame de la littérature mauricienne n’aurait peut-être jamais eu droit à la reconnaissance qu’elle mérite.

 

 

 

Note: Toutes les couvertures sont extraites du livre "Une Mauricienne d'exception: Marie Leblanc" de Danielle Tranquille, Vicram Ramharai et Robert Furlong. 

Photo du haut: L'ancienne maison de Marie Leblanc à Port-Louis, qui abrite aujourd'hui le musée de la photographie.

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