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Plage Trou aux Biches

Plages artificielles: un bien pour un mal?

Il n’est pas rare que certains hôtels de Maurice aient recours à du sable de carrière pour recouvrir les plages existantes, dans le but de les rendre plus attrayantes aux yeux des touristes, ou pour lutter contre l'érosion. Quel en est impact sur l'écosystème?

Le mythe de Maurice et de ses longues plages blanches immaculées peut mettre en danger l'écosystème marin et côtier de l'île. Il est en effet habituel pour certains hôtels de recouvrir les plages existantes par du sable provenant de carrières. Car elles ne sont pas si nombreuses que cela les plages de l'île à remplir les critères de “propreté” (pas de rochers, pas d’algues, de coraux…) que certains pensent absolument nécessaires pour accueillir des touristes.

Plage érosion

Les travaux de 'réhabilitation' n'ont quasiment pas d'effet sur l'érosion

Une grande partie des plages mauriciennes est en effet parsemée de roches, de gros morceaux de coraux et de résidus de coquillages, entre autres. Le lagon, quand à lui, peut être composé d'herbiers d’algues, mais aussi de coraux, d’animaux marins divers que l’on pourrait trouver repoussant tels que le concombre de mer (bambara à Maurice), le “sambrasse”, les araignées de mer… Toute cette faune et cette flore participent à la conservation et au renouvellement du lagon, en purifiant l’eau et en offrant abris et nourriture aux petits poissons, tout en enrichissant le milieu.

Recouvrir tout cela de sable de carrière revient donc le plus souvent à détruire un riche écosystème et à bouleverser l’ordre naturel. Par exemple, enlever les rochers en bordure de plage accélère l'érosion. Sur certains projets, les gros rochers qui sont enlevés de la plage sont utilisés pour construire des barrages contre la houle en mer, ce qui peut créer des courants dangereux pour les baigneurs. Malgré ces barrages, ces plages artificielles font bien souvent les frais des tempêtes, houles cycloniques et mers fortes qui s'abattent de temps à autre sur notre île. Certains hôtels, après avoir eu recours à cette méthode, ont ainsi vu la taille de leur plage se réduire à une peau de chagrin, voire même disparaître complètement. Sans compter sur l’aspect du lagon, dont l’eau se trouble bien souvent en l’absence d’organismes essentiels pour sa purification.

Ironie du sort, ces travaux sont présentés en tant que “travaux de réhabilitation de plages”. Ce, alors même que cette technique altère durablement l’aspect naturel de ces plages.  Avec forces études, des promoteurs demandent au gouvernement des permis Environmental Impact Assessment (EIA), arguant que l'érosion a fait perdre tant de mètres de sable, etc… Pourtant, comme on l’a vu, recouvrir la plage de sable “artificiel” modifie profondément son aspect naturel.

Radisson Blu

La plage naturelle de Poste Lafayette devant le Radisson Blu qui ne propose désormais que des activités nautiques non-motorisées à ses clients

Que faire face à un tel dilemme? Il ne faut pas oublier que le tourisme est l’un des plus importants piliers économiques de l'île… Or, le touriste, répondent certains, préfère les plages blanches immaculées. C’est ce qu’on lui a vendu dans les brochures, les photos et les publicités, après tout... Il ne veut pas se couper les pieds sur des morceaux de coquillages, ni marcher sur des oursins, ou s'empêtrer dans la colle des bambaras. Alors, on recouvre tout de sable artificiel pour “embellir” la plage, mais bien souvent l'esthétique de tels travaux fait sourciller. Les risques? Il n’y a qu'à se promener sur certaines de ces plages artificielles. L’eau est laiteuse, on remarque à certains endroits une forte accumulation d’algues, tandis que la plage en elle-même a perdu son éclat doré. Sans compter que souvent, ce sable artificiel est emporté par les marées. Il faut alors continuer à ensabler, avec tous les coûts additionnels que cela comporte.

Quelles solutions, donc? Quelques établissements mauriciens ont déjà répondu très efficacement à cette question. La réponse peut se résumer à ceci: au lieu d’adapter l’environnement aux demandes du touriste, certains ont choisi d'éduquer le touriste, de le sensibiliser à la protection de ce magnifique écosystème, et pourquoi pas de l’y faire participer. De plus en plus de vacanciers, surtout ceux venant d’Europe, sont conscients de l’impact du tourisme de masse sur les écosystèmes locaux et les populations. Parallèlement, quelques hôtels ont pris de belles initiatives dans ce sens, souvent en s’associant avec des ONG qui œuvrent dans le domaine de la conservation.

Constance Barachois

Le barachois du Constance Prince Maurice bordé d'une magnifique forêt de mangrove

Le groupe Radisson est ainsi très impliqué dans les activités de l’association Reef Conservation, par exemple. Il y a aussi tout le programme de conservation du lagon lance par le Shanti dans le Sud, toujours en association avec Reef, avec des explications sur le cycle lagunaire et le rôle de chaque espèce. Lorsque les touristes vont faire de la plongée, on leur explique quoi faire et ne pas faire pour ne pas déranger la faune et la flore. A Belle-Mare, l’hôtel Ambre a instauré un programme de réimplantation du corail, et de nombreux hôtels ne proposent plus que des sports nautiques non motorisés pour préserver les richesses marines. Le barachois du Constance Le Prince Maurice, toujours dans l’Est, est également un modèle de préservation environnementale avec sa magnifique forêt de mangrove.

Voilà de belles initiatives, qui devraient être systématisées partout à travers l’ile, pour sauver ce qu’il reste de la beauté hypnotique de nos lagons et de nos côtes…

(Note: La photo en tête d'article sert d'illustration)

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