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Le rêve de Kaya vit toujours

Il y a 19 ans aujourd’hui, Joseph Reginald Topize s'éteignait en prison. Plutôt que de de nous attarder encore sur les événements terribles qui ont suivi cet épisode désolant, examinons l’immense héritage laissé par ce chanteur au grand coeur à la nation mauricienne.

Le 21 février 1999 restera gravé à jamais dans les annales de l’ile Maurice. Ce jour-là, le chanteur Kaya mourrait à Alcatraz, dans des circonstances qui restent toujours obscures. Les jours suivants, le pays a sombré dans l’un des épisodes les plus noirs de sa jeune histoire. Emeutes, pillages, barricades érigées dans les rues, bagarres, maisons incendiées, manifestations… Kaya fut, malgré lui, l'étincelle qui mit le feu aux poudres.

Depuis l'indépendance du pays en 1968, la paix entre les différentes composantes du peuple mauricien restait fragile. Les inégalités, le favoritisme étatique, un sectarisme latent, l’ostracisme de certaines minorités, un passé tortueux, sont autant de raisons qui ont placé à plusieurs reprises l'île au bord de l’implosion. Régulièrement, les vieilles rancunes refont surface, menaçant cette paix délicate.

Joseph Reginald Topize, enfant des quartiers défavorisés de Roche-Bois, était loin, très loin de tout ce ramdam ethnico-politique. Le musicien avait pris le nom de scène Kaya dans les années 80, en hommage à son idole Bob Marley. Il était, au moment de sa mort, l’un des artistes les plus connus et les plus appréciés de tout l'océan Indien.

kaya2Visionnaire, il avait inventé un nouveau rythme, le seggae, mélange astucieux de sega (la musique traditionnelle mauricienne), de reggae et de sonorités orientales, reflétant les origines multiples du peuple mauricien. Le seggae, musique entraînante et joyeuse à l’image du séga, avait déferlé avec une force incroyable sur toute la région. Un véritable triomphe, qui inaugura des années colorées pour la petite bande de Racinetatane, le groupe dont Kaya était le leader.

S’il gardait le côté entraînant du séga, le seggae de Kaya était également porteur d’un message fort, tout comme le reggae engagé de Bob Marley. Militant pour la cause des démunis, des moins nantis et des oubliés du “développement” si cher aux dirigeants successifs du pays, les chansons de Kaya étaient aussi porteuses d’espoir, d’amour, de compassion et de compréhension. En ce sens, le seggae de Racinetatane, plus qu’une simple musique, est devenu un hymne pour beaucoup de Mauriciens.

Depuis ce jour tragique de février 1999, cet hymne s’est transformé en rêve. Le rêve d’une île Maurice débarrassée de toutes ses inégalités sociales et ethniques, d’une île Maurice où tous vivent côte à côte et marchent ensemble, main dans la main, vers la justice, l’amour, la paix.

Ecouter "Chant l'Amour", une des plus célèbres chansons de Kaya

Aujourd’hui, nous en sommes malheureusement encore loin. Toutefois, la graine plantée par Kaya a pris racine dans le cœur de nombreux Mauriciens, faisant germer l'idée que tous, au-delà des couleurs de peau, des religions, des origines sociales, des courants politiques ou philosophiques, tous sont Mauriciens avant tout. Une idée encore relayée aujourd’hui par de nombreux artistes héritiers de Kaya.

Alors que nous nous remémorons en ce jour le destin tragique du chanteur au cœur d’or et les terribles événements qui ont suivi son décès, rappelons-nous avant tout du rêve qu’un fils de pêcheur, enfant miséreux de Roche-Bois, a su transmettre à tout un peuple.

 

 

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