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Sur les routes de Petrusmok

 

Livre majeur de l’immense oeuvre de Malcolm de Chazal, Petrusmok a connu une genèse énigmatique. Cette saga mystique, qui fit connaître l’auteur mauricien dans les grands salons littéraires parisiens, fut imaginée en plusieurs étapes, au gré des pérégrinations de Chazal. Chose étrange, tous les lieux où il affirme avoir imaginé Petrusmok sont restés tels quels…

Tout le monde à l’île Maurice a déjà entendu parler de Malcolm de Chazal, sans doute l'écrivain le plus prolifique et l’un des plus talentueux qu’ait jamais engendré le pays. Toutefois, peu connaissent son œuvre, bien que certaines associations telles que la Fondation Malcolm de Chazal, font un excellent travail pour promouvoir cet auteur essentiel de la littérature mauricienne.

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Le Pieter Both vu de Crève-Cœur, tel que l’avait admiré Malcolm de Chazal il y a plus d’un demi-siècle.

De son vivant, Chazal était pourtant déjà très connu à Maurice, mais moins pour ses talents de plume que pour ses excentricités, ses écrits dans la presse et ses déclarations parfois saugrenues. Il se qualifiait lui-même à la fois de “personne la plus intelligente de Maurice, et de loin” et de “personnage le plus grotesque du pays”. Il embrassait totalement son statut de génie, et semblait se complaire à titiller ses concitoyens bien-pensants.

S’il ne fallait choisir qu’un seul écrit de Chazal parmi l’immense bibliographie qu’il a léguée, c’est sans doute Petrusmok. Une œuvre mystique, presque animiste, qui plonge le lecteur dans un monde où la pierre respire, où l’air est un murmure céleste, où la terre parle… Un livre certes difficile à appréhender pour le lecteur moyen, mais dont la divine qualité de l'écriture et le sens de la formule ont laissé pantois certains des plus grands écrivains et critiques littéraires du 20e siècle.

Chazal l’a dit lui-même: “Petrusmok a changé ma vie”. Cet ouvrage, colossal tant par la forme que par le contenu, fut écrit en moins de six mois. Toutefois, l'idée aura pris un peu plus de temps pour germer dans l’esprit de notre homme. Petrusmok est en effet le résultat de certaines circonstances qui eurent lieu à plusieurs années d’intervalle. Dans un article publié dans le journal Advance, en janvier 1955, Chazal raconte en détails les faits qui ont permis la naissance de son livre. Cet article a été publié récemment dans “Comment devenir un génie”, un recueil des écrits de Chazal publiés dans la presse locale.

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La Nef de Robert Edward Hart à Souillac

La genèse de Petrusmok se déroula donc dans une maison d’amis de Chazal à Moka, lors d’une conversation avec son grand ami, le poète Robert Edward Hart. “Hart discourait comme il en avait l’habitude, longuement, avec forces incidences, raconte Malcolm. Le jour déclinant jetait une brume mauve sur le paysage lointain. Et les mastodontes de pierres reluisaient dans cette gaze comme des émaux irréels. Le soir venait en douceur, dans la paix d’un été trop doux. Soudain, comme à l’heure H,  le destin jaillit de la bouche de Robert Edward Hart.”

Hart relata l'hypothèse de Jules Hermann, un Allemand résidant La Réunion, selon laquelle Maurice et l’ile sœur sont les restes d’un immense continent aujourd’hui submergé, la Lémurie. Il affirmait, entre autres, que le sommet du Pieter Both avait été “taillé par la main de l’homme”. Après cette conversation, Chazal affirme qu’il ne voyait plus “[son] île du même œil”.

Plusieurs années après, Chazal fit une excursion à Crève-Cœur, charmant petit village situé juste sous le sommet du Pieter Both. La silhouette du géant de pierre, dont la boule semble menacer de s'écrouler sur le village à tout moment, lui fit forte impression... Quelques jours après, il aperçut le visage d’un géant endormi dans les roches du Corps de Garde, autre montagne emblématique de Maurice.

L’accouchement” de son idée eut lieu un peu plus tard à Souillac, lors d’un déjeuner dans un campement de bord de mer jouxtant la célèbre Nef de Robert Edward Hart. Chazal raconte qu’avant de passer à table, il voulut aller se baigner dans un “grand trou” bordé de roches face au jardin de Telfair. C’est là, sous les banians centenaires, que lui fut murmuré le nom de Petrusmok. Dès lors, dit-il, “le Mythe me hanta, me saisit, me posséda. [...] Petrusmok fut écrit en six mois selon les hasards de mes randonnées sur les montagnes”.

Ce qui est surprenant dans cette histoire, c’est que tous les lieux ayant mené Chazal à la rédaction de son œuvre majeure sont toujours intacts. Le Pieter Both, le jardin de Telfair, la Nef de Hart, Crève-Cœur… Autant de lieux qu’il est encore possible de visiter de nos jours à Maurice, et qui portent en eux un peu du mysticisme qui habitait Malcolm de Chazal…

Photo en tête d'article: le jardin de Telfair, où Malcolm de Chazal affirme avoir eu la révélation finale de Petrusmok.

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