Sign in / Join
Moutouks 1

Saveurs créoles: la friture de « moutouks de mouches jaunes »

Pour certains, c’est un des mets les plus délicats que l’on puisse trouver à Maurice, tandis que d’autres refusent d’en entendre parler… Nous avons testé pour vous les moutouks de mouches jaunes frites.

Lorsqu’un énorme nid de mouches jaunes (guêpes) tombe du ciel comme par enchantement, c’est l’heure du gadjak pour les aficionados des moutouks frits! Pour ceux qui ne le savent pas, “moutouk” est le mot créole pour “larve”. Il s’agit ici de larves de guêpes jaunes, une espèce commune à Maurice. Beaucoup de Mauriciens en raffolent, mais la plupart des gens ont du mal à passer la barrière psychologique qui les empêche de consommer de grosses larves bien grasses et bien gluantes…

Pourtant, cela fait des lustres que les moutouks sont au menu de la cuisine mauricienne. On en préparait jadis à l’occasion des tifines créoles, une tradition malheureusement perdue. Cependant, encore de nos jours, les moutouks frits font partie des mets les plus recherchés par les connaisseurs, qui ne se lassent pas de vanter la saveur extraordinaire de ce plat plutôt original…

Moutouks 2

La “récolte” après que les moutouks ont été extirpés de leurs alvéoles.

Comme l’auteur de cet article n’avait jamais eu l’occasion d’en goûter, et que l’occasion fait le larron, un superbe nid de mouches jaunes tombé du ciel était une aubaine à ne pas manquer. D’autant plus que les nids de cette taille, les plus recherchés, sont de plus en plus difficiles à trouver dans l'île. La faute à une urbanisation galopante, mais aussi à une utilisation massive de pesticides dans les champs agricoles.

La première chose à faire avant de pouvoir déguster ces larves apparemment savoureuses, est de chasser les guêpes qui le gardent. Leur piqûre est en effet extrêmement douloureuse… Pour cela, il suffit d’allumer un feu à proximité du nid, ce dont ces demoiselles ont une sainte horreur. La deuxième étape consiste à extirper les moutouks de leurs alvéoles. Une opération délicate, d’autant plus que les larves sont fragiles et que l’on a vite fait de les écraser…

Il existe plusieurs méthodes. Certains tapotent doucement l'arrière du nid pour faire tomber les larves, d’autres préfèrent placer le nid au-dessus d’une bougie allumée. Nous avons opté pour une méthode moins sophistiquée, mais O combien efficace: chacun de ces petits amuse-bouche a été soigneusement extirpé à la main. Nul besoin de préciser que tout cela a pris un certain temps.

Moutouks 3

Hop, tout ce beau monde dans la friture!

Si jamais l’envie vous prend de tester ce plat, sachez que vous trouverez dans les alvéoles des larves à plusieurs stades de leur développement. Certaines d’entre elles, déjà complètement développées, sont sur le point de “naître”, il faut donc faire attention à leur dard! D’autres sont déjà pourvues d’antennes et d’embryons d’ailes et de pattes. Enfin, la plupart des moutouks sont de grosses larves jaunâtres semblables à des chenilles. Si certains n’ont aucun mal à déguster les moutouks déjà bien formés, nous avons préféré nous cantonner uniquement aux larves.

La suite de la procédure est extrêmement simple. Il suffit de faire chauffer une poêle, d’y mettre un peu d’huile ou de beurre, et d’y plonger sa récolte.

Les moutouks sont prêts lorsqu’ils ont pris une couleur bien dorée. On doit donc les “frire sec”, comme on dit à Maurice. Ca doit craquer sous la dent, oui, mais tout en restant légèrement tendre à l'intérieur. Cela prend environ 10 à 15 minutes à feu moyen. Il ne faut pas oublier de remuer de temps en temps pour que toutes les larves soient bien cuites. Certains y ajoutent des oignons et du jus de citron, mais ce n’est pas indispensable. Une fois la préparation terminée, place à la dégustation!

Moutouks 4

Le résultat semble peu ragoutant, mais c’est un divin délice.

A Maurice, on mange les moutouks de plusieurs manières. On peut, par exemple, les incorporer à un délicieux rougaille de pommes d’amour que l’on dégustera avec du riz (la recette typique du tifine créole). D’autres en raffolent dans du pain beurre (utiliser de préférence un bon vieux pain maison). Mais la méthode la plus répandue consiste à les savourer tels quels, en gadjaks (amuse-bouche). C’est pour celle-ci que nous avons opté.

Une fois passée la barrière psychologique (il faut se forcer un peu), une chose est certaine: c’est effectivement délicieux! On s’est même léché les doigts. Le goût est toutefois extrêmement difficile à décrire. Il est à la fois vaguement familier, et tout à fait unique… Enfin, bref, pour comprendre tout à fait de quoi on parle, il n’y a qu’un seul moyen: tenter l'expérience! Nous pouvons vous assurer que vous ne le regretterez pas, parole de néo-mangeur de moutouks.

Laisser un commentaire

Articles de la même région

X
- Entrez votre position -
- or -