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Seconde Guerre mondiale: l'étrange débarquement japonais qui n’eut jamais lieu

En 1943, un événement surprenant souleva une panique générale parmi les forces armées anglaises basées à Maurice. L’état-major en était certain: les Japonais étaient en train de débarquer au Nord de l'île. La réalité devait toutefois s’avérer toute autre…

Bien que située très loin des champs de batailles européens, l'île Maurice fut profondément bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. Pénuries de denrées et de nécessités élémentaires, renforcements militaires, conscription des citoyens, arrestations d’individus soupçonnés de soutien envers la France pétainiste… La menace était, de plus, bien réelle depuis la prise de Singapour par les Japonais, en février 1942.

Depuis cet événement, que Winston Churchill qualifia de “plus grande capitulation” de l’histoire militaire britannique, les autorités coloniales anglaises vivaient dans la crainte permanente d’un débarquement japonais sur les côtes mauriciennes. En catastrophe, on travailla à fortifier l'île. Une base navale fut ouverte à Grand-Port, une base aérienne à Plaisance, ainsi qu’une base d’hydravions à Balaclava. La “route des Japonais”, située entre Pointe aux Piments et Baie du Tombeau, est l’un des vestiges de cette période troublée.

Dans leur hâte de préparer la population à une éventuelle attaque de l'armée impériale, l’état-major décréta que les citoyens devaient creuser des tranchées pour s’y réfugier en cas de raid aériens. Des sirènes furent installées un peu partout autour de l'île pour prévenir les citoyens de la venue de l’ennemi, et les côtes furent placées sous étroite surveillance.

L’une des plus grandes peurs des Britanniques était en effet d’assister, impuissants, à un débarquement nocturne, stratégie utilisée à plusieurs reprises par les Japonais pour surprendre l'armée anglaise. Afin de parer à cette éventualité, les Anglais imaginèrent un système inédit de surveillance nocturne. Chaque soir, de petites pirogues transportant des soldats anglais se rendaient dans les passes de l'île. Elles étaient chacune pilotées par deux pêcheurs locaux, lesquels furent réquisitionnés par l'armée pour leur connaissance des fonds marins.

La pirogue était ancrée de manière à ce que ses occupants puissent apercevoir toute lumière provenant d’un navire ennemi au large. Si tel était le cas, les officiers avaient ordre de tirer des fusées de détresse pour signaler la présence hostile. Ces gardes nocturnes étaient longues et monotones pour les occupants des pirogues. Aussi, se divertissaient-ils en pêchant et en buvant quelques lampées de whisky (pour les soldats anglais) ou de rhum (pour les pêcheurs).

L’une de ces pirogues de surveillance, qui se trouvaient dans une passe de Grand-Gaube, tira un beau soir de 1943 trois ou quatre fusées de détresse à la suite. Le branle-bas de combat fut immédiatement décrété. Plusieurs escadrons furent envoyés pour défendre la plage contre les Japonais. Toutes les forces militaires de l'île furent prévenues de l’imminence du débarquement, et des pièces d’artillerie furent même transportées à la va-vite depuis les Casernes Centrales. Les soldats arrivèrent rapidement sur les lieux. Postés au-dessus de la plage et prêts à faire feu, ils chuchotaient nerveusement entre eux en attendant le début du combat. L’attente fut longue, très longue.

Au petit matin, s’apercevant que nulle embarcation japonaise ne croisait dans les parages, les soldats furent complètement pris au dépourvu. On envoya une barque pour questionner l’officier de garde, qui se trouvait toujours dans la passe, flottant à bord de la pirogue avec ses compagnons. Il s'avère que ledit officier, que l’on imagine passablement imbibé de whisky, avait cru bon d’utiliser les fusées de détresse pour une toute autre raison… La pirogue s'était en effet échouée sur un haut-fond du récif, et il était impossible de l’en extirper.

Nul doute que le pauvre homme fut sévèrement réprimandé pour cet acte qui causa un tel effarement chez toutes les forces militaires de l'île. Pour sauvegarder l’honneur de l’illustre armée de Sa Majesté, cette histoire ne sortit guère du cercle militaire. On étouffa l’affaire, mais les hauts-gradés avaient probablement oublié que quelques-uns des militaires présents le jour du “débarquement” étaient originaires de l'île… Les “commérages” aidant, elle se propagea dans certains cercles locaux.

Cette anecdote est l’une des nombreuses racontées par l’auteur mauricien Jean-Claude Hein dans son ouvrage “Ile Maurice: deux siècles de cuisine”, livre considéré avec raison comme “la Bible” de la gastronomie mauricienne.

Photo: Image de l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais en décembre 1941. L'armée britannique de Maurice vivait dans la crainte permanente que l’ennemi ne frappe avec la même soudaineté les côtes de l'île.

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