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Wilhelm Leichnig, le Robinson de Maurice

Les Plaines Wilhems, situées au centre de Maurice, doivent leur nom à un énigmatique Allemand “oublié des Hollandais” qui vécut plusieurs années dans l'île en compagnie de quelques esclaves. Voici son histoire.

Les noms de lieux à l'île Maurice sont souvent drôles, parfois étranges, et quelquefois  énigmatiques. Les Plaines Wilhems, haut plateau humide du centre de l'île, font partie de la dernière catégorie. Peu de Mauriciens le savent, mais ces plaines doivent leur nom à un mystérieux aventurier du nom de Wilhelm Leichnig.

Les Hollandais quittèrent l'île en 1710, et les Francais débarquèrent en 1721 (bien que la France en ait pris possession six ans plus tôt, en 1715). Comme le rapporte l’historien Jean-Marie Chelin dans son ouvrage Histoire Maritime de l'île Maurice (volume I), le navire Le Courrier de Bourbon, qui transportait les premiers colons français, arriva à Maurice le 24 décembre 1721, et reprit le large le 2 mars 1722. Cinq hommes restèrent à terre en attendant les ordres de la Compagnie des Indes, dont le commandant Le Toullec Durongouet, premier chef de la petite colonie.

Gravure de Robinson Crusoé. Wilhelm Leichnig aura sans doute vécu une expérience similaire à celle du héros de Daniel Defoe.  

Gravure de Robinson Crusoé. Wilhelm Leichnig aura sans doute vécu une expérience similaire à celle du héros de Daniel Defoe.

Le commandant Le Toullec demeura sur place avec 5 hommes, et il est à noter que lors de sa découverte de l’île il rencontra un allemand, un dénommé Wilhelm Leighnig (sic), natif de Cologne, qui y vivait en compagnie de quelques esclaves non loin des cascades de la Grande Rivière Nord-Ouest à environ quatre kilomètres du Port Nord-Ouest. Un oublié des Hollandais! Il sera ramené à l'Ile Bourbon où il s'établit”, est-il rapporté dans le journal de bord du Courrier de Bourbon.

Wilhelm Leichnig aurait donc effectivement été oublié par les Hollandais. Selon l’un de ses descendants mauriciens, le journaliste Jean-François Leckning, la raison de cet “oubli” pourrait en réalité être tout à fait intentionnelle. D'après l’histoire familiale, “il a été le premier à entamer le métissage de la famille puisqu’il a entretenu une vraie relation d’amour avec une esclave ou une descendante d’esclave”. Ce qui n’est pas impossible, sachant que l’Allemand vivait seul dans l'île “en compagnie de quelques esclaves”.

Cependant, Leichnig serait né en 1697, et n’aurait donc eu que douze ou treize ans au moment du départ des Hollandais. Difficile de concevoir que les colons en déroute puissent abandonner ainsi un enfant seul à son sort, bien qu’à cette époque on n'était déjà plus considéré comme un enfant à cet âge... Certains estiment au contraire que Wilhelm Leichnig serait arrivé à Maurice entre le départ des Hollandais et l’arrivée des Français, vers 1719 ou 1720, ce qui est encore plus improbable sachant que l'île aurait été déserte à ce moment, hormis quelques esclaves marrons réfugiés dans la brousse.

Selon l’historien mauricien Benjamin Moutou, Wilhelm Leichnig etait probablement un “individu retour”, ce qui veut dire qu’il était passager à bord d’un navire qui faisait escale à Maurice. A-t-il donc été réellement oublié, ou a-t-il été abandonné à son sort par un équipage qui lui portait rancune, comme cela se faisait parfois à l'époque? Nul ne le saura jamais.

Ce qui est sûr, c’est qu’il vécut plusieurs années dans la nature avec ses compagnons esclaves, avant de s’embarquer pour l'île Bourbon après l’arrivée des Français. On ne peut qu’imaginer quelles étaient les conditions de vie de ces quelques personnes dans un environnement aussi inhospitalier et sauvage. La petite troupe vivait probablement principalement de la chasse et de la cueillette, et les esclaves étaient sans doute très attachés au jeune allemand. Comment expliquer autrement qu’ils n’aient pas tenté de s’enfuir ou de se débarrasser de lui pour gagner leur liberté?

Une fois installé à Bourbon, Leichnig prit pour épouse en 1732 une jeune créole de 13 ans, Pélagie Lebon, métisse de descendance européenne, portugaise, indienne et africaine. Le couple eut pas moins de douze enfants! Aujourd’hui, on trouve encore à La Réunion de nombreux descendants du “Robinson de Mauritius”, principalement dans le Sud de l'île. Plusieurs personnalités locales sont issues de cette lignée, dont l'éminent neurologue Charles Brown-Sequard.

Ce n’est que dans les années 1920 que les Leichnig se “réétablirent” à Maurice, par l'intermédiaire d’Henri Leichnig, grand-père de Jean-François Leckning. L’orthographe du patronyme fut changée, non pas à cause d’une erreur de l’Etat Civil, pense Jean-François Leckning, mais parce que son grand-père, selon ce qui lui a été raconté, ne supportait pas “certains jeux de mots”... Leichnig était en effet prononcé à la française “Leichenig”.

Non content d’avoir légué son prénom aux hauts plateaux de Maurice, on peut considérer que Wilhelm Leichnig est également l'ancêtre de la plus vieille famille à s'être établie dans l'île.

Photo en tête d'article: Photographie d'une île Maurice encore intacte, tirée du livre L’île Maurice d'antan.

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