Paul et Virginie

Paul et Virginie : L’envers de la légende

D’abord un roman de la fin du 18e siècle qui connut un succès phénoménal, l’histoire de « Paul et Virginie » est depuis entrée dans la légende. Le chef d’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre conte l’amour impossible entre deux jeunes adolescents vivant à l’île Maurice, dans un cadre idyllique et naturel.

Tout le monde connaît Paul et Virginie à l’île Maurice. A tel point que certains pensent que ces deux jeunes gens ont réellement existé. Ils ne sont pourtant que le fruit de l’imagination de Bernardin de Saint-Pierre, écrivain français de la période des Lumières. Paru en 1788, le roman connut un succès immense en France et ailleurs, consacrant les deux personnages comme les équivalents de Roméo et Juliette dans l’imaginaire collectif.

L’histoire se déroule à l’Isle de France (île Maurice). Paul est le fils d’une paysanne bretonne, Marguerite, abusée par un noble. Pour éviter l’affliction et la honte que lui procureraient en France cette grossesse hors mariage, elle trouve refuge dans cette île perdue de l’océan Indien. Installée au quartier des Pamplemousses, alors chef-lieu de l’Isle de France, elle y a pour voisine Madame de La Tour, une riche veuve mère d’une jeune fille prénommée Virginie. Les deux enfants sont élevés côte à côte dans le cadre magnifique de cette île tropicale et luxuriante.

A l’adolescence, l’amitié que se portent les jeunes gens finit par se transformer en idylle. Contrariée que sa fille tombe amoureuse du fils d’une roturière, Madame de La Tour envoie Virginie étudier en France. Après une séparation dramatique, Paul et Virginie n’attendent qu’une chose : le retour de cette dernière. Mais, au moment d’atteindre son but, le navire qui la transporte, le Saint-Géran, s’échoue sur les récifs au large de Cap-Malheureux. Virginie est emportée par les flots, et Paul ne tarde pas à mourir de chagrin.

Les coulisses du roman

Statue de Bernardin de Saint-Pierre, Jardin des Plantes, Paris. Paul et Virginie sont représentés sur le socle.

Statue de Bernardin de Saint-Pierre, Jardin des Plantes, Paris. Paul et Virginie sont représentés sur le socle.

« Paul et Virginie » est un roman pastoral, où la nature joue un rôle prépondérant et central. C’est la nature qui réunit, protège et nourrit les deux protagonistes, jusqu’au moment où la société corrompt cet amour si pur avant qu’il n’ait eu le temps de fleurir. Les descriptions des divers paysages naturels et exotiques au sein desquels évoluent les personnages sont l’une des forces principales de l’œuvre de Saint-Pierre ; elles ont d’ailleurs été largement célébrées et applaudies. Dans cette optique, le roman est l’un des premiers ouvrages romantiques, et transmet également certaines idées des Lumières. L’auteur est d’ailleurs un grand ami de Jean-Jacques Rousseau, l’un des fers de lance de ce mouvement qui jeta les bases de la Révolution française.

Bernardin de Saint-Pierre vécut à l’Isle de France de 1768 à 1773. Il y occupa la charge de capitaine-ingénieur, et œuvra énormément pour la conservation de la nature de l’île. En ce sens, il fut l’un des premiers écologistes. Il fut en effet consterné de voir le développement immobilier et agricole prendre de plus en plus le pas sur la flore naturelle de l’île. Il réussit à convaincre le gouverneur d’alors, Francis Desroches, de la nécessité de protéger un minimum les forêts originelles pour éviter des calamités telles que les crues, inondations ou encore glissements de terrain. Saint-Pierre fut ainsi le créateur d’un des premiers programmes de conservation de la nature.

Peu le savent, mais l’histoire de Paul et Virginie a été inspirée par l’amour impossible que vouait Bernardin de Saint-Pierre à Françoise Robin, la femme d’un certain Pierre Poivre… Le botaniste qui fit du Jardin Botanique de Pamplemousses l’un des plus beaux au monde. Paul et Virginie étaient également les prénoms de deux des enfants de Bernardin de Saint-Pierre.  Paul mourra très tôt, tandis que sa sœur épousera un général.

De nombreux auteurs français célèbres ont fait référence au roman dans leurs propres œuvres, tels que Guy de Maupassant, Gustave Flaubert ou Alexandre Dumas. Un passage de Georges, l’un des livres de Dumas, a d’ailleurs été utilisé comme apocryphe pour la statue de Paul et Virginie qui trône dans la cour de l’église St-François d’Assises, à Pamplemousses.

« […] voici l’église des Pamplemousses. C’est dans ce quartier que s’élevaient les deux cabanes voisines de Madame de La Tour et de Marguerite ; c’est au Cap-Malheureux que se brisa le Saint-Géran ; c’est à la baie des Tombeaux qu’on retrouva le corps d’une jeune fille tenant un portrait serré dans sa main ; c’est à l’église des Pamplemousses, et deux mois après, que, côte à côte avec cette jeune fille, un jeune homme du même âge à peu près fut enterré. Or, vous avez deviné déjà le nom des deux amants que recouvre le même tombeau : c’est Paul et Virginie, ces deux alcyons des tropiques, dont la mer semble, en gémissant sur les récifs qui environnent la côte, pleurer sans cesse la mort, comme une tigresse pleure éternellement ses enfants déchirés par elle-même dans un transport de rage ou dans un moment de jalousie. » Alexandre Dumas, Georges (1843).

Photo du haut: Statue de Paul et Virginie dans la cour de l’église St-François d’Assises, à Pamplemousses.

Laisser un commentaire