Photo 1 - Balaclava

Histoire : La bataille méconnue de la Baie-aux-Tortues

Les Anglais auraient pu s’emparer de l’Isle de France dès 1748. Suite à une tentative d’invasion avortée, menée par l’amiral Boscawen, Albion devra patienter encore un demi-siècle pour s’emparer de l’île tant convoitée. Les ruines de Balaclava, remarquablement conservées grâce aux efforts de l’hôtel Maritim Resort & Spa, témoignent encore aujourd’hui de cette bataille qui aurait pu tout changer.

Nous sommes le 4 juillet 1748. L’amiral Edward Boscawen, l’un des plus grands marins que le royaume d’Angleterre ait connu, navigue vers les Indes à la tête d’une flottille de 25 navires. Arrivé au Nord de l’Isle de France, le téméraire loup de mer décide soudain de s’emparer de cette île stratégique par surprise...

La flotte, arrivant du Nord, amorce les hostilités au large de la Pointe-aux-Canonniers en lançant plusieurs coups de semonce, avant de continuer sa route vers Port-Louis. Les vaisseaux anglais finissent par faire halte à la Baie-aux-Tortues (Balaclava). C’est de là que l’amiral projette de lancer son invasion…

Cette baie protégée était connue depuis longtemps par les marins anglais, qui s’y arrêtaient souvent pour se ravitailler avant que les Français ne s’emparent de l’île en 1710. Avant eux, les Hollandais avaient également tenté d’y établir une colonie. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui donnent à cette baie le nom de « Baii Shildpatt » (Baie-aux-Tortues), car de nombreuses tortues de mer y pondaient leurs œufs.

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Les ruines de Balaclava ont été remarquablement conservées et mises en valeur grâce aux efforts du Maritim Resort & Spa.

Photo 3 - Balaclava

Sur ordre du gouverneur Mahé de Labourdonnais, la baie recluse, située non-loin de Port-Louis, connut un développement grandissant à partir de 1735. Un hôpital pour marins souffrant de scorbut y fut construit en 1739, ainsi qu’un arsenal l’année suivante. La baie fut dès lors connue sous le nom de « Baie-de-l’Arsenal », nom qu’a conservé le village d’Arsenal situé non loin de là. Une digue, toujours existante, est également construite sur la rivière Citron. En 1743, le gouverneur fit construire une batterie de défense le long de la baie, à la demande de la Compagnie des Indes. Une stratégie qui a sans doute épargné aux Français une invasion anglaise précoce…

Ce fameux 4 juillet 1748, les canons rugissant de la Baie-aux-Tortues tiennent en effet la flotte de Boscawen en respect. L’escadre anglaise, qui mouille face aux batteries françaises, envoie un de ses vaisseaux tenter une approche, mais celui-ci rebrousse chemin face à la férocité du feu français.

Un canon, vestige de l’époque française. Peut-être a-t-il servi à défendre l’Isle de France face au redoutable amiral Boscawen ?

Un canon, vestige de l’époque française. Peut-être a-t-il servi à défendre l’Isle de France face au redoutable amiral Boscawen ?

Boscawen, tenace, est toutefois loin d’abandonner la partie. Les Anglais tiennent leur position et amorcent une approche groupée le matin du 6 juillet. But de la manœuvre : débarquer coûte que coûte sous le feu de l’ennemi. Les navires sont accueillis par des tirs nourris venant des positions françaises, et finissent par faire demi-tour une nouvelle fois. Certains des vaisseaux anglais sont gravement endommagés durant cette attaque.

Les Anglais restent au mouillage les deux jours suivants, mais ne tentent plus rien de remarquable. Le 9, ils quittent les eaux de l’Isle de France en direction des Indes. Ils ne reviendront qu’un demi-siècle plus tard, pour de bon cette fois-ci…

Photo 4Certains des vestiges de cette époque tumultueuse sont encore visibles aujourd’hui. Le Maritim Resort & Spa, le premier hôtel construit dans la baie, en 1990, a en effet fait de remarquable efforts depuis son ouverture pour conserver les ruines historiques qui l’entourent. Certaines des positions de défense françaises sont encore debout, tout comme la digue construite sur ordre de Mahé de Labourdonnais. Des canons, qui ont certainement servis à repousser les assauts de Boscawen, s’y trouvent toujours.

La direction de l’hôtel a également entrepris de remarquables travaux de rénovation sur certaines des ruines, qui font aujourd’hui le bonheur des touristes et Mauriciens amateurs d’histoire. Il s’agit sans doute de l’un des sites historiques les mieux conservés du pays. Les vestiges d’un moulin à farine, de la distillerie et du barrage de Mahé de Labourdonnais ont d’ailleurs été déclarés monuments nationaux.

Pour en revenir à Boscawen, le bouillant amiral a, malgré son échec, sans doute facilité la future prise de l’Isle de France en fournissant de précieux renseignements sur les positions françaises le long du littoral nord.

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